Le TEM devenu NTE. Que c’est ça?
On en a entendu parler, du Théâtre Expérimental de Montréal. Le nom de Nouveau Théâtre Expérimental a aussi effleuré notre oreille. Mais encore? Ça mange quoi en hiver, tout ça?
Derrière ces noms marquants de la culture québécoise se cachent des hommes et des femmes aussi exceptionnels que désinvoltes. Des créateurs uniques qui ne le faisaient même pas exprès… Du monde simple, qui avait envie de voir ce qui pouvait se passer quand on oubliait les balises du connu, du confortable, du traditionnel. Du monde comme toi et moi, qui ont leurs noms à jamais gravés dans les annales du théâtre québécois (et d’ailleurs!) et qui ont défrichés des chemins que plusieurs autres suivront par la suite.
Voici un topo de ce que sont le TEM et le NTE. Un petit historique, les créateurs, quelques oeuvres, l’esprit… Bref, un résumé concis mais complet.
Hiver 1974-1975: Rencontre de Robert Gravel, Pol Pelletier et Jean-Pierre Ronfard. Les trois louent un appartement à leurs frais pour y créer des “objets théâtraux”. Un local sur la rue Saint-Paul, près de la place Jacques-Cartier dans le vieux port de Montréal.
Juillet 1975: Ils déménagent à la Maison Beaujeu, sur la rue Notre-Dame, où ils montent leur premier spectacle intitulé Une femme, un homme. Il s’agit d’un lieu de création intense, d’une période très fructueuse.
Le Théâtre Expérimental de Montréal, ou TEM, se base sur les principes de l’auto-gestion, soit
1) le partage égal du pouvoir;
2) la responsabilité individuelle face à l’oeuvre collective;
3) les prises de toutes les décisions à l’unanimité.
Cette méthode s’intègre par elle-même et se maintient bien étant donné l’amitié et le respect mutuel présents dans le groupe.
1978: Premier spectacle féministe de Pol Pelletier, À ma mère, à ma mère, à ma mère, à ma voisine. Avec les comédiennes, Louisie Laprade, Nicole Lecavalier et Pol Pelletier.
1979: Séparation du groupe de créateurs. Robert Gravel, Jean-Pierre Ronfard, et les nouveaux venus Robert Claing et Anne-Marie Provencher créent ensemble de Nouveaut Théâtre Expérimental, ou NTE. Quant à Pol Pelletier, elle crée le Théâtre Expérimental des Femmes. La séparation se déroule dans l’harmonie, motivée par une divergence d’objectifs et de visions.
En ce qui concerne le NTE, le groupe se procure une nouvelle salle rue Fullum. Il s’agit d’une ancienne caserne de pompiers (numéro 19), qui sera nommée l’Espace Libre. Le NTE partage le lieu avec deux autres jeunes compagnies théâtrales: Les Enfants du Paradis (futur Carbone 14) et Mime Omnibus (futur Omnibus). L’ouverture de la salle se fait en novembre 1981 avec la représentation des quatrième et cinquième pièces de Vie et mort du roi boiteux par le NTE.
Voici les règles de création du NTE, non-officielles mais extrêmement indispensables et propres au groupe:
1) Maniement de l’espace comme matière essentielle de l’objet théâtral
2) Attraction pour l’insolite, le bâtard, le scandaleux, l’excessif, l’incohérent, l’impudique
3) Refus de la pièce bien faite avec intrigue, personnages et dialogues linéaires
4) Certain recul devant les modes de l’avant-garde artistique
5) Maîtres mots sacro-saints: liberté, désinvolture, dérision, expérimentation
6) Esthétique barbare qui privilégie l’environnement plutôt que le décor, le déguisement plutôt que le costume, l’événement plutôt que l’oeuvre, la rencontre et la fête plutôt que la célébration culturelle
7) Autogestion rigoureuse régie par la règle de l’unanimité
Enfin, quelques uns des titres de la multitude de créations du NTE, pour vous mettre l’eau à la bouche…
Zoo (1977)
Orgasme I et Orgasme II (1979)
Les Mille et une nuits (1984)
Le trésor des pyramides (1988)
Durocher le milliardaire (1992)
L’homme qui n’avait plus d’amis (1992)
Il n’y a plus rien (1993)
…et tellement d’autres!
Mais j’imagine que le NTE, c’est d’abord et avant tout… non, je me reprends:
Mais j’imagine que le NTE, ça ne peut être qu’une expérience. Quelque chose qui se vit. Le NTE, c’est pas une page d’histoire dans un grand livre d’école. C’est humain, sensitif. Ça tient de l’âme, pas de la théorie. C’est un échange entre créateurs et spectateurs qui se poursuit toujours.
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